Résidence ILM



L'Institut Lumière-Matière est un laboratoire, rattaché à l'université Claude Bernard Lyon 1, dans laquelle on mène un travail de recherche en physique quantique sur l'interaction entre la lumière et la matière. En 2021, j'ai été un mois et demi en immersion dans leurs locaux, pour une résidence d'artiste autour de la question "Qu'est-ce qu'une image ?".

Mon objectif initial était double : avoir un dialogue avec les chercheurs et chercheuses pour confronter certaines de mes conceptions narratives en physique quantique, liées à l'écriture de mon film « Trois Cent Mille kilomètres par seconde » sur la lumière, à la réalité scientifique, et faire des images, avec des outils spécifiques aux laboratoires, usuellement hors d'atteinte des artistes.

Mais les choses sont allées au-delà.

Au fur et à mesure de nos échanges (il y a plus de 300 chercheur.euse.s à l'ILM), j'ai été invité à nombre de leurs expérimentations. Occasionnant parfois la production de matériaux dont j'ai pu me saisir pour réaliser des expérimentations plastiques. A partir de leur outils, à partir des miens, et parfois en mélangeant les deux. Dans le prolongement de ces échanges et rencontres, certains chercheurs ont réalisé une animation à partir de ce mélange d'outils. Aussi, certaines expériences, destinées à l'origine pour les étudiant.e.s, m'ont véritablement époustouflé (voir les extraits de lightbranching de 6'50 à 7'10).

J'ai visité de nombreux microscopes aux noms exotiques : microscope à balayage électronique (MEB), microscope électronique en transmission (TEM), interféromètre de Michelson, etc. En plus des images que nous avons fait de concert avec les technicien.ne.s spécialisé.e.s de ces outils pointus, ils ont alimenté le cœur de ma réflexion sur ce qu'est une image. Cette confrontation aux outils d'imageries dîtes non passive, ou indirectes - du fait que l'on interagit avec l'échantillon observé, que l'on ait recourt à des longueurs d'ondes plus courtes que celles du spectre de la lumière visible à l'oeil pour observer jusqu'aux échelles des molécules et des atomes (comme en 13'30) – a été un déclic dans ma réflexion sur les formes. M'encourageant aujourd'hui à travailler sur un essai sur l'image, sous forme d'un livre animé.

J'ai découvert de réjouissantes similitudes entre mon approche plastique expérimentale et celle de la recherche scientifique, un rapport esthétique à l'image - bien que l'imagerie scientifique vise d'abord à des mesures expérimentales - et à l'imaginaire, qui guident parfois le rationnel et la méthode scientifique le long des fils de l'intuition.

Toutes ces expérimentations visuelles accumulées, je les ai rassemblées en un petit film qui retranscrit ce moment passé en résidence. Des conversations volées ici et là, des moments de partage. On peut y entendre en arrière plan le Covid qui rôde, mais aussi l'atmosphère hypnotisante qui règne dans les couloirs labyrinthiques du laboratoire et des paillasses de recherches. Et bien sûr des images.